Journée mondiale de l’environnement, 5 juin 2020

 

 

 

 

Nous avons profité de la célébration de la journée mondiale de l’Environnement sur le thème « Le temps de la nature » pour poser quelques questions à Robert Ndong, notre Directeur Environnement et Développement durable.

La gestion de l’eau dans le secteur minier – Risques, opportunités et défis ?

L’accès à l’eau reste l’un des plus grands défis mondiaux du 21ème siècle. La croissance démographique, la consommation d’eau, les pollutions et la variabilité du climat entraînent une plus grande rareté de l’eau, ce qui entraîne une concurrence pour les ressources en eau et une augmentation des conflits entre les utilisateurs. Par conséquent, de nombreuses industries sont confrontées à des risques d’exploitation liés à l’eau et à des dépenses d’investissement qui menacent leur performance financière, leur réputation et leur licence d’opérer.

Dans le secteur minier, l’eau est utilisée dans le cadre d’un large éventail d’activités, notamment le traitement du minerai, la suppression des poussières, le lavage de la machinerie, et les besoins des employés. En tant qu’industrie dépendante de l’eau qui est une ressource partagée, le secteur minier est confronté au double défi de l’augmentation des coûts de gestion de l’eau et de l’attention croissante du public et des gouvernements sur les impacts de l’exploitation minière sur les ressources en eau.

Des exemples de bonnes pratiques au niveau d’ArcelorMittal Mines Canada (AMMC) ?

Il n’existe pas de recette simple pour la gestion de l’eau dans le secteur minier, notamment parce que les environnements locaux des mines vont des zones de sècheresse aux zones de d’abondantes précipitations. Chaque cas étant unique, une bonne gestion de l’eau nécessite une compréhension des facteurs spécifiques à chaque site.

Au niveau d’AMMC, actuellement nos plus grands enjeux de conformité règlementaire sont liés à la gestion de l’eau (effluents miniers, opération ou maintenance des infrastructures de stockage ou de traitements des eaux usées…). Néanmoins, les investissements importants consentis ces dernières années (fossés collecteurs, bassins de stockage, unités de traitement…) se sont traduits par une amélioration significative et continue de notre performance environnementale aux mines de Mont-Wright et Fire-Lake, ainsi qu’au site industriel et portuaire de Port-Cartier.

Actuellement, nous sommes en pleine gestion de la fonte printanière et les différentes équipes (Infrastructures, Ingénierie, Environnement et Opérations) se sont mobilisées pour assurer une bonne gestion de ces importants volumes d’eau qui s’écoulent sur une courte durée. L’objectif étant d’assurer l’intégrité des infrastructures, prévenir le débordement des bassins et d’assurer la conformité des effluents rejetés. À mi-parcours, le résultat est très encourageant grâce à cette belle synergie des acteurs. Rappelons qu’entre 2018 et 2019 les incidents environnementaux rapportables aux deux paliers gouvernementaux (provincial et fédéral) ont connu une baisse appréciable de 62% et cette tendance positive se poursuit significativement en 2020.

Des efforts louables sont aussi initiés au niveau de certains secteurs afin de réduire à la source nos consommations d’eau, notamment au niveau des salles de lavage, ce qui réduit la pression sur les unités de traitement des eaux usées telles les séparateurs eau-huile ou les unités de traitement des eaux huileuses ou savonneuses. De telles initiatives ont des incidences directes sur notre excellence opérationnelle à travers une réduction des coûts d’opération et redevances sur les prélèvements d’eau, sans parler de l’impact positif sur l’amélioration de notre conformité et par conséquent, de notre réputation et notre licence d’opérer.

Le Québec est riche en milieux humides qui sont de grands réservoirs de carbone pouvant stocker deux fois plus de carbone que certaines forêts. Ces zones humides offrent de multiples avantages connexes (notamment l’atténuation des inondations et des sécheresses, la purification de l’eau et la biodiversité), d’où notre approche de limiter au strict minimum les empiètements sur ces milieux et de mettre en œuvre d’ambitieux plans de compensations conçus par AMMC (Lac Jeannine, Nipissis…).

Aussi, en tant que membre de l’Association Minière du Canada (AMC), AMMC a développé un manuel de gestion de ses parcs à résidus miniers conforme aux standards de l’Association Canadienne des Barrages. Un manuel de gestion de l’eau est également en cours d’élaboration afin de se conformer au nouveau protocole d’intendance de l’eau de l’AMC. Enfin, AMMC accorde une grande importance à la réutilisation des eaux usées avec une excellente performance de près de 80% au site du Mont-Wright.

La protection des eaux souterraines est aussi un enjeu important car cette ressource est fragile et vulnérable aux polluants tels que les hydrocarbures. C’est entre autres, pour cette raison que nous nous sommes fixés des objectifs ambitieux pour la réduction des déversements accidentels d’hydrocarbure liés aux bris de nos équipements. La décontamination des eaux souterraines est un processus complexe, long et très couteux…De 2016 à 2019 nous avons ainsi réduit nos déversements (de plus de 100L) de plus de 57% et les efforts de réduction se poursuivent en 2020 grâce aux objectifs fixés aux secteurs les plus concernés et aussi grâce à la mise en place d’un Comité Intersectoriel de Prévention des Déversements.

Enfin, la présence de la réserve aquatique projetée de la rivière Moisie à la limite de notre propriété ajoute un niveau de complexité supplémentaire à la gestion environnementale de la mine du Mont-Wright, en raison des normes plus contraignantes notamment au niveau de la concentration de nitrates dans nos effluents. Ce contexte est certes un défi mais aussi une opportunité de démontrer que nous sommes déterminés et capables d’exploiter l’une des plus grandes mines en Amérique du Nord tout en protégeant notre milieu d’accueil.

 

Figure 1 : Prise d’échantillons pour des tests de toxicité lors d’une inspection d’Environnement et Changement Climatique Canada en 2019.

Que pouvons-nous faire au niveau individuel ?

Au niveau individuel chaque geste compte. Voici cinq changements que nous pouvons tous opérer aujourd’hui:

  • Prendre une douche de 5 minutes : La rareté de l’eau touche déjà 4 personnes sur 10 dans le monde. Prendre des douches plus courtes est un excellent moyen d’économiser cette précieuse ressource (1).
  • Manger davantage d’aliments d’origine végétale : Changer notre alimentation, en faisant la part belle aux aliments d’origine végétale et aux aliments durables d’origine animale, pourrait faire baisser les émissions de gaz à effet de serre de 8,0 gigatonnes d’équivalent CO2 par an (2).
  • Ne pas jeter de nourriture comestible : On estime qu’un tiers de tous les aliments produits dans le monde est perdu ou gaspillé (3). Réduire le gaspillage alimentaire revient à demander moins à l’agriculture, qui est l’un des plus gros consommateurs et pollueurs d’eau.
  • Éteindre les appareils : Actuellement, l’électricité est produite avec de grandes quantités d’eau (4). Plus nous éteignons nos appareils lorsque nous ne les utilisons pas, moins nous avons besoin d’énergie.
    Acheter des produits durables: S’approvisionner auprès de fournisseurs responsables peut avoir un impact important sur la consommation d’eau et d’autres ressources essentielles.

Un mot pour la fin ?

En cette période de pandémie du Covid-19, la problématique de l’eau est plus que jamais cruciale et d’actualité. Au Québec nous avons le privilège d’avoir accès à une eau abondante et de qualité pour pouvoir nous laver les mains et stopper la propagation du virus. Ce n’est malheureusement pas le cas du tiers de la population mondiale, soit 2,2 milliards d’individus qui n’ont pas accès à de l’eau potable et pour qui se laver les mains reste un luxe qu’ils ne peuvent se permettre.

 

Sources:
(1) Campagne «Agissons» des Nations Unies: voir https://www.un.org/fr/actnow/
(2) GIEC, 2019: Changement climatique et terres émergées, rapport spécial du GIEC, voir https://www.ipcc.ch/srccl/
(3) FAO, 2011: http://www.fao.org/food-loss-and-food-waste/fr/
(4) UNESCO, 2014: The United Nations World Water Development Report – Water and Energy, voir https://www.unwater.org/publications/world-water-development-report-2014-water-energy/
JME, 2020. Water and Climate Change. https://www.unwater.org/publications/world-water-development-report-2020/